Chronique | Prisonnier du « mix » jusqu’à la fin, le CH est-il en train de s’y noyer?
Le Canadien tentera mercredi soir de profiter de l’ultime match du calendrier régulier afin d’assurer lui-même sa qualification pour les séries éliminatoires. Cette immense pression ne viendra toutefois pas seule. Les hommes de Martin St-Louis lutteront aussi pour éviter de faire les frais du plus gros effondrement de l’histoire récente de la LNH. Les Blue Jackets de Columbus ayant vaincu les Flyers de Philadelphie (au compte de 3 à 0) mardi, le CH sera forcé de jouer sa toute dernière cartouche face aux Hurricanes de la Caroline. Le hic, c’est qu’au cours des quatre dernières années, les Montréalais ont vaincu la défense hermétique des Hurricanes une seule fois en 11 matchs. Même si une défaite en prolongation assurerait la qualification, disons que ce n’est pas le genre de match qui inspire spontanément confiance. Du côté des locaux, on retrouvera une équipe qui tire la langue depuis au moins deux semaines. La plus grande source de réconfort des partisans du CH résidera dans le fait que cette rencontre ne signifie rien pour les Canes. Leur deuxième place au classement de la division métropolitaine est coulée dans le béton. Et à la veille du grand tournoi printanier, se rompre les os sera probablement la dernière chose dont les porte-couleurs de la Caroline auront envie. La qualification du Tricolore, qui semblait n’être qu’une formalité la semaine dernière, a pris des allures de suspense et de chemin de croix. Et même si l’équipe parvient à se qualifier, cette fin de parcours lancinante a déjà privé Martin St-Louis du luxe de reposer des joueurs blessés ou surtaxés depuis la fin de février. Il y a une semaine, l’élimination des Blue Jackets de Columbus semblait aussi être chose faite. Avec seulement 5 matchs à disputer, ils se situaient à 8 points du Canadien et du dernier rang donnant accès aux séries. Et depuis le début de l’ère du plafond salarial, les deux plus grosses remontées au classement survenues dans les dix derniers matchs du calendrier régulier ne s’élevaient qu’à… 5 points. La LNH, on le rappelle chaque automne, est une ligue où 80 % du classement est déjà figé à la Thanksgiving américaine. Dans le dernier droit, les sprints sont donc très rarement couronnés de succès. La saison dernière, les Islanders de New York ont réussi l’un de ces petits miracles. Ils tiraient de l’arrière par 5 points sur le dernier échelon donnant accès aux séries avec dix matchs à jouer. Les hommes de Patrick Roy ont toutefois trouvé le moyen de remporter 7 de leurs 8 derniers matchs pendant que les Flyers de Philadelphie implosaient. Les Islanders se sont finalement emparés du troisième rang de la division métropolitaine. En 2013-14, avec dix matchs à disputer dans l’Ouest, les Stars de Dallas tiraient aussi de l’arrière par 5 points sur les Coyotes de l’Arizona et le dernier rang donnant accès aux séries. Les Stars ont bouclé le calendrier de façon assez ordinaire en remportant 6 victoires. Par contre, les Coyotes ont fait le gros du travail à leur place en perdant 7 matchs de suite. Cette mise en contexte étant faite, il est facile de comprendre à quel point la perte d’une avance de 8 points en l’espace de cinq matchs (et en un peu plus d’une semaine) s’avérerait catastrophique pour le camp montréalais. Et c’est aussi cette émotion négative que devra combattre la jeune formation tricolore mercredi soir. Le sport est la plupart du temps une affaire de momentums. On remarque facilement les changements de momentum qui surviennent se succèdent au cours d’une période, d’une manche, d’un quart ou d’un match. Mais quand on observe attentivement la vie d’une équipe, on se rend compte qu’il y a aussi des momentums plus grands, et plus lents, qui se déploient sournoisement et durant de plus grandes périodes. Ce qui rend la situation particulièrement inquiétante pour le Canadien, c’est qu’en un claquement de doigts, les astres semblent s’être parfaitement alignés pour les Blue Jackets de Columbus. La semaine dernière, quand cette équipe semblait se diriger vers une élimination certaine, l’entraîneur Dean Evason a confié le filet au gardien numéro un du club-école de Cleveland, Jet Greaves. Et ce gardien de 24 ans, jamais repêché et ne comptant que 16 matchs d’expérience dans la LNH, a répondu en y allant d’un numéro connu: celui du gars sorti de nulle part qui se transforme en mur de briques. Greaves a stoppé 120 des 123 rondelles auxquelles il a fait face, ce qui lui a permis de signer deux blanchissages et de remporter ses quatre départs. Les jeunes Blue Jackets, dont l’attaque est épeurante mais dont la défense est souvent chancelante, n’en demandaient pas tant. En l’espace de quatre matchs, Greaves les a miraculeusement transformés de jeune formation ayant brillamment combattu malgré la perte tragique de Johnny Gaudreau en équipe de la destinée. Cette équipe est littéralement galvanisée, et son élan s’avèrera encore plus difficile à stopper que la folle descente à laquelle fait face le Canadien. Pour toutes ces raisons, on peut fortement présumer que Columbus ne flanchera pas à son dernier match de la saison jeudi soir face aux Islanders. Pour le Tricolore, c’est donc une question de vie ou de mort. Il ne peut absolument pas se permettre de ne pas récolter au moins un point mercredi soir. C’est là que ça se passe. Contre l’une de ses plus indomptables bêtes noires en plus. Rien que ça. Un vieil adage dit qu’il faut faire très attention à ce que l’on souhaite dans la vie, parce qu’il y a de très fortes chances que nos vœux se réalisent. Avant le début de la saison, les dirigeants du Canadien souhaitaient voir leur équipe s’insérer dans le mix
et disputer des matchs significatifs. Voilà maintenant qu’elle risque de s'y noyer.
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